La scène se passe dans mon école (un de ces gros mâchins de banlieu, avec 360 gamins dedans, 25 instit', des locaux impersonnels et froids, 29 nationnalités différentes... enfin tout pour réussir quoi).
Les mômes sortent de la cantine, il y en a un qui est serré de près par une assistante d'éducation. Furieuse, elle me raconte la scène : ce petit bonhomme a traité un autre enfant de "sale français", et ce n'est pas la première fois que ça arrive. Il se moque royalement des adultes, et ne montre aucun respect envers eux.
Je le regarde et je lui fais remarquer que les insultes racistes sont punissables par la loi. Il me toise à son tour avec un petit sourire éffronté que je connais malheureusement trop bien.
Il porte un prénom très francophone, je lui demande quelle est sa nationnalité. Il me répond avec aplomb : "j'suis tunisien". Je l'emmène dans le bureau du directeur, je sors sa fiche de renseignements, et là , surprise : il est français. Je lui mets la fiche sous les yeux, il reste sans réaction. Je lui fais remarquer qu'il s'est tout simplement insulté lui-même. Il ne répond pas. Puis il lève la tête, me défie à nouveau du regard en me répondant : "ouais, mais moi j'mange pas d'porc".
Parmi les gamins de nos classes, beaucoup ne savent finalement pas qui ils sont. Tout est confus pour eux : leur nationalité, celle de leur parent, leur religion. Ils sont balottés entre la culture d'un pays d'origine souvent fantasmé et un environnement occidental pas toujours très bien compris.
Ce gamin en est un parfait exemple. Je n'ai pas voulu le punir, je lui ai proposé de m'écrire un texte pour m'expliquer pourquoi il aimait tant la Tunisie, et pourquoi il détestait la France. Il s'est plié bon gré, mal gré à l'exercice. Ce qui en est ressorti est assez éloquent.
La Tunisie pour lui, c'est les vacances, les gens qui vivent sans bosser, la mer, les copains de papa tous en moto qui l'emmène faire la fête le soir sur la plage.
Et la France ? La France, ben c'est nul. Voilà. Nul.
J'ai beau lui avoir fait remarquer qu'en Tunisie aussi les gens devaient travailler dur pour s'acheter des motos, et que si son papa avait choisi de venir en France ce n'était pas pour rien. Et puis que la France lui donnait beaucoup, qu'il se devait de la respecter. Mais rien n'y a fait.
Du haut de ses 1 mètre 30, ce bout d'homme n'a déjà qu'une idée en tête : La France est nulle, les français sont nuls. Il y a dans son regard un mépris qui me fait encore froid dans le dos. J'aurais voulu que les parents fassent quelque chose, lui racontent la vraie vie de là bas, et pourquoi ils ont tout quitté pour venir ici. Mais je n'ai pas réussi à les contacter, et le gamin ne leur a pas montré le mot que j'avais préparé à leur intention.
Je l'ai retrouvé le lendemain, affichant devant ses copains hillares ce même air narquois relativement insupportable, il faut le reconnaître. Je me suis alors fâché. Le môme a eu droit à une vraie punition... qu'il a refusé de faire, y compris face à la directrice.
Et on s'est retrouvé là, comme des cons face à lui, tout nu et sans solution. Il avait gagné. Depuis il a toujours son petit sourire narquois quand il me voit, mais il faut rester zen, même si j'ai le sentiment qu'une petite baffe pédagogique lui aurait fait le plus grand bien.
C'est ça aussi, être instit en banlieu.
Affichage des articles dont le libellé est racisme education. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est racisme education. Afficher tous les articles
jeudi 21 juin 2007
Inscription à :
Articles (Atom)